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Introduction
Ce n'est pas la première fois que l'on demande à quelqu'un de
traiter de ce thème. Comment actualiser le message de la Rue du Bac?
La préoccupation pour ce aspect a surgi spécialement à l'occasion
de l'anniversaire du 150ème anniversaire des apparitions de la Vierge à Sainte
Catherine et depuis a été traité par plusieurs fois par
divers auteurs .
A lire quelques uns de ces écrits, j'ai pu constater, une fois de plus,
non seulement le risque que nous courons mais aussi la tentation dans laquelle
nous pouvons tomber en célébrant les anniversaires de certains événements
et personnages du passé. Il semble que l'on essaie de démontrer
qu'en eux se trouve la plus grande part des problèmes de notre temps,
ceux de l'avenir, et qu'en même temps, on y trouve la solution.
Je ne voudrai pas tomber dans la même tentation en traitant le thème
de la relecture du message de la Rue du Bac pour notre temps. Parce que je
ne suis pas d'accord que nous déduisions de lui les conséquences
et exigences sociales, politiques, religieuses…etc. pour lesquelles abondent
les auteurs qui essaient de relire le message dans notre aujourd'hui. Nous
devrons déduire les exigences et conséquences, de ce qu'implique
pour tout chrétien la suite de Jésus-Christ et le déploiement
ainsi que la mise en œuvre de la foi dans cette dimension, et les autres
dimensions de l'histoire, dimensions qui ne sont pas nécessairement
demandées ou explicitement contenues dans le message de la Vierge à Sainte
Catherine, et dans les symboles que contient la médaille.
Certainement la vie chrétienne est une nouvelle forme (globale) de concevoir
et réaliser l'expérience à la ressemblance du Christ,
et non à une série de comportements juxtaposés sans connexion
entre eux. Mais il est aussi certain que l'on peut avoir des célébrations
déterminées, des commémorations, des rencontres….
formellement orientées à développer et à mettre
l'accent sur une dimension concrète de la foi. Sans en exclure d'autres,
mais aussi sans la prétendre à ce que toute rencontre, commémoration
ou célébration ait des répercussions dans tous les aspects
de la vie chrétienne. Cette rencontre, suivant le programme proposé,
a été convoqué pour remplir trois objectifs concret, et
elle sera pleinement justifiée si elle les atteint. Nous pouvons et
devons faire une relecture du message de la Rue du Bac pour notre temps, sans
que cela signifie, par exemple une quelconque incidence, sur les problèmes
que pose la mondialisation, le projet de clonage des êtres humains, la
détérioration alarmante du milieu ambiant ou les réseaux
du terrorisme international. Les dévots de la Médaille Miraculeuse
ne sont pas étrangers à ceci ainsi qu'à d'autres problèmes
sociaux, économiques et religieux, etc. Mais nous n'allons prétendre
que cette dévotion, même authentique, soit le remède contre
l'athéisme et l'indifférence religieuse régnante, ni la
solution à toutes les souffrances physiques et morales qui affleurent
l'humanité, ni des problèmes doctrinaux, pastoraux et moraux
qui se posent à l'intérieur de l'Eglise.
Cette étrange et longue introduction me conduit à délimiter
le champ dans lequel je vais me situer et exposer les points à traiter.
Dans une première partie j'essaierai de justifier le pourquoi est nécessaire
une relecture pour notre temps du message dont fut un témoin exceptionnel
Sainte Catherine. Une relecture qui intègre la compréhension
de l'Eglise au sujet des "révélations privées" et
les apports des sciences humaines.
Dans la deuxième partie je parlerai du message de la Rue du Bac et je
me centrerai dans la Médaille comme l'expression privilégié de
ce message.
Dans la troisième partie je ferai une relecture de ce message à la
lumière de la lettre que le Pape a adressé à toute l'Eglise
lors de la clôture de l'année jubilaire (le 6 janvier 2001). Lettre
dans laquelle Jean-Paul II signale les lignes fondamentales qui doivent inspirer
tous les projets pastoraux au début du troisième millénaire.
Dans cette relecture je devrai aussi avoir présent l'identité de
Sainte Catherine et la notre dans l'Eglise : serviteurs du Christ sur les traces
de Vincent de Paul et Louise de Marillac, c'est-à-dire, en cohérence
avec notre charisme spécifique dans l'Eglise.
Faire une relecture du message à la lumière du magistère
de l'Eglise et des sciences humaines.
A) Que signifie faire une relecture ?
C'est revenir à lire un récit ou un événement du
passé non comme un simple fait qui se répète, mais avec
de nouvelles données qui nous aident à le découvrir ou à faire
ressortir des aspects ou contenus non découverts dans les lectures antérieures.
Des faits lus, des événements du passé repris à partir
des situations historiques nouvelles et changeantes, non pour les arranger
suivant nos caprices, mais les dépouiller de ce qui est les circonstances
pour que l'on voit plus clairement ce qui est permanent, essentiel du message,
au-delà des circonstances de temps et de lieu, du genre littéraire,
de la sensibilité du témoin, etc…
Ces expériences spirituelles extraordinaires, bien qu'elles soient des
dons accordés à une personne, surviennent dans l'Eglise et sont
données comme des charismes pour l'enrichissement de tout le peuple
de Dieu. Une Eglise qui, selon le concile Vatican II, est sensible et solidaire
avec les joies et les espérances, avec les angoisses et les tristesses
des hommes de notre temps, spécialement les pauvres et ceux qui souffrent
. Dans la vie de cette Eglise, dans le destin du monde, dans la nouvelle réflexion
théologique, dans le progrès de l'exégèse biblique
et des sciences humaines, etc…nous trouvons de nouvelles lumières
qui nous aident à mieux comprendre le contenu des récits originaux,
souvent exprimés de façon symbolique et d'avenir. Pour cela il
nous faut relire à la lumière de ces nouvelles perspectives et
points de vue.
Le philosophe et penseur chrétien français, Jean Guitton, dans
son livre sur le message de la Rue du Bac dit :"Le versant caché des
apparitions a été davantage perçu à la fin du Xxème
siècle… les apparitions de 1830 acquièrent une signification
plus large à mesure que passe le temps" "l'iconographie mystique
de la Médaille de 1830 est novatrice et synthétique. Le commentaire
de la Médaille est déployé, bien qu'il soit plus actuel
qu'un 1830" . "Le sens de la prophétie (de la Rue du bac)
est précisément reproduit, comme une pierre jetée dans
l'eau, en ondes successives, chaque fois plus amples qui se répercutent,
augmentent, s'enrichissent comme le thème musical d'une symphonie; dans
ce cas la symphonie des temps" . Mère Roger aussi, pour le 150ème
anniversaire des apparitions, proposait aux Filles de la Charité "de
faire une relecture de ce que la Vierge avait dit à Sainte Catherine".
b) La position toujours craintive de l'Eglise face aux révélations
privées.
Les apparitions, spécialement de la Vierge, constituent un phénomène
caractéristique de l'époque moderne. De fait elles ont toujours été fréquentes
dans les époques antérieures de l'histoire de l'Eglise. L'origine
d'importants et différents courants spirituels ont leurs origines dans
les apparitions concrètes du Christ ou de la Vierge. Par exemple, la
dévotion au cœur de Jésus, ou les mouvements de dévotion
mariale de la Rue du Bac, de Lourdes, de Fatima, etc…
L'attitude de crainte de l'Eglise se comprend devant l'abondance d'apparitions
et de révélations. L'histoire lui a appris à être
critique et prudente devant ces phénomènes qui peuvent dissimuler
artifices et tromperies. Pour cette raison il est demandé des garanties
de crédibilité.
Une telle attitude de crainte n'est que l'expression d'un double avertissement.
Une de Saint Jean "Ne vous fiez pas à tout esprit, mais examinez
s'il vient de Dieu, car beaucoup de faux prophètes sont apparus dans
le monde." , et un autre de Saint Paul : "N'éteignez pas l'Esprit,
ne méprisez pas le don de prophétie, mais vérifiez tout,
ce qui est bon gardez le" .
L'Eglise demande aux chrétiens un assentiment de la foi en la révélation
contenue dans la Saint Ecriture et la Tradition. En relation aux apparitions
et révélations privées, quand l'Eglise les juges de confiance
par les témoignages et les arguments en faveur de leur authenticité,
elle les permet comme une chose qui peut être crue pieusement par les
fidèles, mais seulement de foi humaine. L'expression "foi humaine" indique
que les apparitions ou révélations privées restent dans
un registre différent de celui dans lequel nous acceptons la révélation
de Dieu en Christ. Ceci veut dire que chaque chrétien peut le rester
sans qu'il n'accorde sa foi aux apparitions et révélations privées.
Ces phénomènes "surnaturels", s'ils sont authentiques,
restent en lien avec la vie chrétienne, mais ils n'entrent pas dans
le champ de la révélation divine sur laquelle repose la foi catholique.
L'Eglise, à proprement parler, n'approuve aucune apparition ou révélation
privée. Quand elle juge qu'il y a des preuves en faveur de leur authenticité,
elle les permet, et peut même les recommander. Elle ne se prononce pas
sur le fond, mais elle discerne si telle apparition ou révélation
qui suscite un mouvement spirituel contribue au développement de la
vie chrétienne. Lorsque c'est le cas, par l'intermédiaire de
ses pasteurs elle donne le "feu vert", le "nihil obstat" pour
qu'elles soient acceptées comme "objet de pieuse croyance" .
Unne telle attitude craintive de l'Eglise devant les faits surnaturels est
prudente et justifiée, aujourd'hui plus que jamais, étant donné la
prolifération des tels phénomènes et la facilité avec
laquelle beaucoup sont enclin à les accepter sans discernement suffisant.
L'inclination des êtres humains envers le merveilleux s'exprime fréquemment
aujourd'hui dans la croyance face aux prétendues apparitions de la Vierge.
Certainement l'Eglise et la théologie acceptent la possibilité pour
le surnaturel de se manifester dans l'histoire des hommes. Elle ne s'oppose
pas aux révélations privées. Elle reconnaît que
Dieu peut se manifester, par Marie aussi, pour mettre en relief une vérité déjà révélée
par l'Ecriture Sainte, pour corriger des déviations et venir à notre
aide devant des dangers précis. Elles sont des signes extraordinaires
de la libre action de l'Esprit Saint dans son Eglise, expressions de la dimension
charismatique y prophétique du peuple de Dieu.
D'autre part, vouloir expliquer de tels phénomènes seulement à partir
de la théorie des mythe s et par les mécanismes du psychisme
des voyants, ou les refuser parce qu'ils échappent au contrôle
de la science, serait s'appuyer sur des présupposés idéologiques
exclusivement rationalistes, immanents et fermés. Mais les admettre
sans un certain sens critique et sans un sérieux discernement serait
s'exposer à des tromperies et manipulations. Jean Guitton, un intellectuel
sérieux en rien soupçonné de crédulité ou
de scepticisme, a écrit: "De nos jours, à notre époque
dans laquelle les sciences humaines se développent comme jamais; alors
que la psychanalyse, la sociologie, la métaphysique et la psychologie
des profondeurs transforment les limites entre naturel et surnaturel, il est
plus nécessaire que jamais que l'autorité ecclésiale s'abstienne
de prononcer immédiatement le mot "miracle" devant ces phénomènes
et leurs effets spirituels" .
Le message de la Rue du Bac.
Les récits de la voyante.
Sainte Catherine transmit au P.Aladel, d'abord oralement quand survinrent les
faits et par écrit vingt six ans plus tard; les diverses apparitions
qu'elle eût dans la chapelle de la Rue du Bac des mois d'avril à décembre
1830 : des représentations du cœur de Saint Vincent trois fois
de forme et de couleurs différentes, des visions de notre Seigneur dans
le Saint-Sacrement, du Christ roi et les trois de la Sainte Vierge (18-19 juillet,
27 novembre et décembre).
Toutes contiennent un message perçu par la voyante. Elle même
le déchiffra et nous transmit le sens des diverses couleurs du cœur
de Saint Vincent, des habits du Christ roi, des positions de la Vierge et des
signes de la Médaille.
Les deux premières "visions" de la Vierge sont accompagnées
de paroles. Un dialogue de deux heures et demi, durant la nuit du 18 au 19
juillet, la Vierge communiqua à sainte Catherine les tristes événements
d'ordre politique, social et religieux qui s'approchaient, les abus qui avaient
lieux dans les deux Compagnies et la protection spéciale qu'elles auraient
de la part de la Vierge et de Saint Vincent.
Le 27 novembre, durant l'oraison de l'après-midi, il y a deux temps
différents quoiqu' étroitement associés. Dans un premier
temps elle voit la Vierge avec un vêtement de soie blanche et un voile
de même couleur qui descendait jusqu'au sol. Sur sa tête une couronne
de douze étoiles. Les pieds appuyés sur une demi sphère écrasant
la tête du serpent; les mains portant une boule surmontée d'une
croix et les yeux levés au ciel. Les doigts étaient ornés
avec des anneaux de pierres de formats et d'éclats différents
qui diffusaient des rayons de lumières vers le sol. Autour de la Vierge
se forma un cercle avec ces paroles sur le haut : "Oh Marie conçue
sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous".
La voyante écouta la voix de la Vierge que lui déchiffra le sens
de la boule (le globe) et des rayons; elle lui demanda de faire frapper une
médaille selon le modèle de la vision et lui exprima la joie
qu'elle éprouvait à répandre des grâces abondantes
sur ceux qui les demanderaient et sur ceux qui porteraient la Médaille
avec confiance.
La deuxième partie de la même apparition fut la contemplation
par Catherine du revers de la Médaille. Elle vit comme le cadre pivotant
et apparut la lettre M et deux cœurs unis par une croix. Un jour plus
tard, aussi durant l'oraison, Catherine entendit la voix qui lui à sa
préoccupation de comment devait être le revers de la Médaille
: "Le M et les deux cœurs expriment beaucoup déjà".
Sainte Catherine garda le silence sur ces visions durant les quarante ans de
sa vie cachée et de service à Reuilly, à la fin de la
vie de Catherine, personne ne sut qui était la voyante de la Vierge.
b) Une relecture des "visions" de Sainte Catherine.
Il est légitime et prudent, face à ce que conte Sainte Catherine,
d'avoir la même attitude craintive qu'a eu l'Eglise devant les phénomènes
dits surnaturels (visions, apparitions, révélations privées).
Partant de cette attitude de l'Eglise nous pouvons faire une relecture, en
même temps prudente et respectueuse, du message de la Rue du Bac.
La psychologie des profondeurs nous dira quelques chose à ce sujet,
si nous prêtons attention à certaines circonstances qui constituent
l'environnement de ce qu nous conte la voyante.
Le 21 avril 1830 elle entre au séminaire. Quatre jours après
eu lieu la solennelle et majestueuse translation des reliques de Saint Vincent
de la cathédrale de Paris à la chapelle où elles reposent
actuellement. Huit cent Filles de la Charité participèrent à cette
translation.
Elle fut suivie d'une neuvaine devant les reliques à laquelle participa
sainte Catherine. Ce fût durant le neuvaine qu'elle vit le cœur
du Saint sur un reliquaire qu'ils avaient posé sur l'autel de la chapelle
de la Rue du bac. La relique exposée était un morceau d'avant-bras,
car la cœur, à ce moment, était conservé à Lyon.
L'interprétation donnée par Catherine aux différentes
couleurs que prit le cœur, qu'elle relia aux tragiques événements
qui approchaient, furent mis par écrit 26 ans après et les événements
tragiques passés.
Le 18 juillet, jour de la première apparition de la Vierge durant la
nuit, la sœur directrice du séminaire parla aux novices sur la
dévotion aux saints et à la Vierge. Catherine raconte que ceci
lui inspira un très fort désir de la voir. La directrice avait
réparti à chaque novice une relique du Saint - un morceau de
tissu- que Catherine mangea. Elle raconte : "je m'endormis pensant que
Saint Vincent m'obtiendrait la grâce de voir la Vierge". Et elle
raconte ensuite la première apparition. De l'enfant qui l'accompagna
elle dit :" je crois que c'était l'ange gardien…parce que
j'avais beaucoup prié pour qu'il m'obtienne cette faveur" .
Toutes ces circonstances nécessitent au moins quelques questions : L'apparition
que raconte Catherine est-elle authentique ? fut-elle un songe ? Une vision
subjective ou objective ? Symbolique ou réelle? A-t-elle réellement
vu la Vierge ou cela fut-il un produit de son imagination ? Laurentin lui-même
pose ces questions . Les arguments et explications que donne ce théologien
donne en leurs faveurs peuvent nous convaincre ou non : elles sont faibles à mon
opinion. Mais il assure qu'il a étudié ces thèmes sérieusement
en analysant rigoureusement les documents et qu'il est arrivé à la
conclusion suivante: "Les apparitions furent une expériences sincère
de Sainte Catherine… l'authenticité de sa vie confirme celle des
apparitions" "en tout cas je les estime authentiques" . Le P.
Pierre Coste, secrétaire et archiviste de la Congrégation de
la mission (1873-1935), historien que certains traitèrent de rationaliste,
pourrait paraître en tête des opposants . Le P.Aladel lui-même
au début ne donna pas d'importance à ce que disait Catherine.
A partir de la réflexion qui se réfère aux apparitions
et visions que font les théologiens contemporains, pas suspectés
de rationalisme ni de crédule, une relecture du message de la Rue du
Bac, nous conduirait à cette conclusion. Sainte Catherine a eu des expériences
spirituelles extraordinaires. Les visions qu'elle eu du Seigneur et de la Vierge
n'ont pu être corporelles, car leur condition de "glorifiés" dépasse
la corporalité. Ceci ne signifie pas qu'elles ne furent pas réelles.
Il s'agit de sincères expériences subjectives qui purent bien être
produites par des causes extérieures surnaturelles. C'est à dire
qu'elles ne furent pas produites par l'imagination de la voyante mais suscitées
par une action spéciale de Dieu, bien qu'elle eut pu être conséquence
d'une prédisposition psychologique spéciale de Sainte Catherine.
De telles expériences mystiques personnelles purent être expérimentées
seulement par elle, et non par les autres sœurs qui étaient en
oraison communautaire, car ces phénomènes spirituels ne sont
pas perçus par des yeux et des oreilles mais par une perception intérieure.
Laurentin affirmé "qu'une révélation privée,
bien qu'elle ait donné une impression auditive, ne procède pas
de vibrations transmises par l'atmosphère, sensible à un tiers.
Elle atteint directement la sensation plus que les sens, à la perception
davantage qu'à l'organe" . On pourrait affirmer, donc, qu'elles
appartiennent non à l'ordre physique objectif et corporel, mais à l'ordre
subjectif et spirituel.
D'autre part, il faut affirmer que bien que l'Eglise ait institué la
fête liturgique, et approuvé la Médaille, ceci n'équivaut
pas à la reconnaissance de l'authenticité des apparitions. Elle
signifie que cette dévotion n'a rien de contraire à la foi, mais
qu'elle peut favoriser la croissance de la vie chrétienne. Sainte Catherine
a été canonisée par la sainteté de sa vie et non
pour les apparitions qu'elle a racontées.
c) Le signe de la Médaille Miraculeuse
Sous les écrits "le message de la Rue du Bac" il faudrait
inclure, logiquement, tout ce que Catherine raconta dans les faits qu'elle écrivit
sur les différentes visions qu'elle eut dans ce lieu. Mais de fait,
l'histoire ultérieure s'est chargé de centrer tout ce message
autour de la Médaille. Les mêmes préoccupations de la voyante,
durant sa vie qui suivit les faits, se centrèrent davantage sur l'accomplissement
fidèle du commandement de la Vierge de frapper une médaille qu'aux
messages reçus dans les autres apparitions.
De fait nous sommes spécialement surpris face à la Médaille
par la richesse des symboles que contient sa rapide diffusion.
"Supposons, écrit jean Guitton, que si quelqu'un avait demandé à un
peintre à un poète qu'il fasse une Médaille qui contienne
un maximum d'enseignements et en même temps des traces et signes, qui soient
intelligents pour tous les chrétiens, quelques soient leur cultures…Supposons
que soit proposé un concours pour une telle Médaille. Il est probable
que les résultats eussent été bien inférieures à ceux
de la Médaille que Catherine a vu durant l'extase. Il est difficile de
rencontrer une plus grande richesse que celle contenue et suggérée
par la Médaille" .
Un des arguments en faveur de l'authenticité de la "vision" de
la Médaille que nous a raconté Sainte Catherine, est précisément
la quasi impossibilité qu'une jeune paysanne comme elle, peu cultivée
et peu versée dans les questions bibliques et théologiques, pu être
l'auteur d'une telle invention . Dans un petit espace et dans un forme minuscule
on rencontre dans la Médaille toute la mariologie, et l'essentiel de
la révélation chrétienne. Certains l'ont dénommé une "petite
Bible" et "un catéchisme du peuple".
Les passages bibliques, qui sans forcer les textes ni les symboles, auxquels
nous renvoient l'avers et le revers de la Médaille sont : la femme aux
douze étoiles, avec la lune à ses pieds écrasant un serpent,
selon la description de l'Apocalypse ; la promesse d'un descendant de la femme
de vaincre Satan faite dans le livre de la Genèse ; la prophétie
du vieux Syméon dans le temple : "Et toi, une épée
te transpercera l'âme" (cœur transpercé) ; la présence
active et inséparable de Marie dans les moments déterminants
dans l'œuvre rédemptrice réalisé par le Christ au
calvaire (croix enlacé avec le M et les deux cœurs); le mystère
de l'immaculé conception proclamé dans l'invocation "Oh
Marie conçue sans péché"; la fonction de marie comme
intercesseur et distributrice du don divin de la grâce comme à Cana
(globe dans les mains et les bras ouverts répandant des rayons de lumière
sur la terre); Mère du rédempteur et des rachetés (l'Eglise)
ou la nouvelle Eve unie au nouvel Adam pour la naissance de la nouvelle humanité (les
deux cœurs et la croix entrelacée avec le M, avec la même
attitudes bras et mains ouvertes répandant la lumière sur la
sphère à ses pieds, ou le cercle de douze étoiles comme
symbole des douze apôtres etc…).
Comme nous l'avons dit plus haut, quand une révélation privée
est authentique elle ne fait que confirmer et rappeler la révélation
biblique. Par la Médaille, c'est l'œuvre rédemptrice du
Christ - mystère d'amour et de souffrance- et la collaboration inséparable
de la Mère qui est symboliquement et simplement représenté.
Une relecture contemporaine de la Médaille devra faire aussi référence
aux enseignements de l'Eglise sur la dévotion et le culte marial. Paul
VI a publié une Exhortation Apostolique "Marialis Cultus" (1974)
pour promouvoir la rénovation du culte à Marie. Il y insiste
pour donner la solidité à ce culte centré sur la figure
de Marie dans l'Ecriture Sainte et dans la liturgie, tout en défendant
les manifestations de dévotion avec lesquelles le peuple simple l'honore
.
Jean-Paul II a publié l'Encyclique "Redemptoris Mater" (1987)
comme la préparation de l'année mariale 1988. Il ressort la place
de Maris dans le mystère du Christ et de l'Eglise, et il met l'accent
sur sa condition de pèlerin de la fo comme nous. Ces deux documents
pontificaux sont seulement l'écho de ce que, peu de temps avant, avait
enseigné le Concile Vatican II sur Marie dans le chapitre 8 de la Constitution
dogmatique Lumen Gentium. Une relecture des symboles que renferme la Médaille à la
lumière des enseignements de l'Eglise peut contribuer à donner
un fondement biblique et à centrer la dévotion à Marie
dans l'ensemble de notre foi, c'est-à-dire le mystère du Christ
et de l'Eglise.
Autre fait surprenant dans l'histoire de la Médaille, sa rapide propagation
dans le peuple. Le 30 juin 1832, l'orfèvre Vachette remit les cinq cent
premières médailles. Il avait reçu la commande du Père
Aladel. La voyante, en la voyant, dit : "que l'on n'y change rien et qu'on
la diffuse", bien qu'elle exprima son désaccord car on n'avait
pas représenté le globe dans les mains de la Vierge comme elle
l'avait vue dans l'apparition . A cette première frappe suivirent rapidement
d'autres, réalisées non seulement à Paris mais en d'autres
villes et pays. Seulement en France, entre 1832 et 1836 furent distribuées
plus de 12 millions de médailles. Il est impossible de calculer le nombre
distribué jusqu'à ce jour dans le monde entier. De fait, acquérir
et porter une médaille de la Vierge est synonyme d'avoir une Médaille
Miraculeuse.
A une telle diffusion les Filles de la Charité ont contribué en
premier lieu à partir de leurs hôpitaux et de leurs écoles.
En 1836 on raconte que l'appui de l'archevêque de Paris qui écrit
une ordonnance dans laquelle il exhortait tous ses fidèles à porter
la Médaille. Le 7 décembre 1838, elle fût approuvée
par le Pape Grégoire XIV.
Mais ceci n'explique pas une si rapide et prodigieuse propagation. La première
raison exige que nous y voyons la nécessité pour le simple peuple
de symbole pour exprimer la foi. A travers des signes et de symboles on passe
du visible à l'invisible, ce qui est réalisé dans la célébration
des sacrements. La psychologie et la réflexion théologique font
ressortir aujourd'hui l'importance des symboles dans l'expression et l'incarnation
de la foi. Dans la Médaille le peuple a trouvé des symboles clairs
et simples tels que : le cœur, la croix; le geste maternel des bras ouverts
qui accueillent et donnent, le bien et le mal, la grâce et le péché,
la joie et la souffrance. A ce propos Jean Guitton écrit : "La
Médaille consiste en ceci : c'est un symbole de tout, un signe d'union.
Peuvent la porter le sensé et le fou, le sage et l'ignorant, le croyant
et même le non croyant. Ratisbonne se moquait pensant que la Médaille
ne signifiait rien, et en un instant elle signifiera tout pour lui" .
L'auteur disait cette affirmation qui inspirera le titre de son livre: "la
signification des ces symboles est le dépassement de toute superstition" .
A la rapide et large propagation, contribueront surtout, de nombreuses conversions
et guérisons attribuées à la Médaille. Ce signe
qui débuta comme prélude et impulsion à la proclamation
du dogme de l'Immaculée Conception (1854), parmi le peuple se propagea
comme la "Médaille Miraculeuse". On ne peut nier que Dieu
ait pu se servir de la Médaille comme médiation de son action
et de sa grâce salvatrice. Cependant, une relecture actuelle du message
de la Rue du Bac devrait inclure une révision de certaines expressions
et dévotions qui mettent davantage l'accent sur l'aspect miraculeux
de la Médaille que dans la conviction qu'elle est un signe sensible
qui nous rappelle et rapproche de Marie comme chemin qui nous conduit au Christ,
le même auquel elle dit à Cana ;"Faîtes ce que mon
Fils vous dira" .
Une relecture actuelle du message de la Rue du Bac, centrée sur la Médaille
comme son expression privilégiée, pourrait assumer ces deux affirmations
aussi respectueuses que mesurées. La première du théologien
R.Laurentin qui dit ceci : "La Médaille est un signe secondaire
de la contemplation et de l'engagement. Ce n'est pas un signe obligatoire ni
une nécessité pour le salut. C'est un de ces liens libres et
gratuits que tout chrétien peut choisir, selon la vie spirituelle pour
laquelle Dieu l'appelle, parmi les moyens qui lui serviront au mieux pour le
chemin. Elle ressemblerait à un de ces petits signes d'amitié:
un souvenir, une photo, une carte gardée dans le portefeuille, ou dans
la partie caché d'un bureau" . La deuxième est de Jean Guitton
: "Personne n'est obligé d'aller à la Rue du Bac, ni d'admettre
que la sœur Catherine a vue la Vierge, ni que cette Médaille soit
miraculeuse, qu'elle règle le hasard, et encore moins qu'elle se joue
des lois du cosmos" . C'est le même auteur qui écrivit un
livre sur le message de la Rue du Bac pour démontrer que la foi a besoin
de médiations extérieures. Volontairement le livre s'intitule "La
Rue du Bac ou la superstition dépassée".
III. Une relecture du message aux débuts du troisième
millénaire
Il s'agit du message de la Rue du Bac à la lumière des nouvelles
situation que nous rencontrons dans le monde et dans l'Eglise. Ce sont les
signes de ce temps à travers lesquels Dieu nous parle. Il ne s'agit
pas, comme nous le disions dans l'introduction, que nous déduisions à partir
du message de la Médaille la réponse adéquate aux défis
que nous pose la troisième millénaire. Mais, il s'agit de nous
laisser interpeller , d'écouter et d'essayer de répondre à ce
que nous demande l'Eglise comme réponse aux nouvelles situations. Et
ceci en lien et de façon cohérence avec le message de la Médaille, à partir
d'une relecture de ses symboles à la lumière de la réalité historique
du début du troisième millénaire.
Sur quoi l'Association de la Médaille Miraculeuse devrait mettre l'accent
pour répondre à l'appel du Pape Jean-Paul II a adressé à toute
l'Eglise dans sa carte "Novo Millenio Ineunte" (6 janvier 2001),
Parce qu' être une association ecclésiale signifie vibrer aux
joies et espérances, aux inquiétudes missionnaires et orientations
pastorales de l'Eglise. Et tout ceci est le contenu de la carte que le Pape
a adressé aux évêques, prêtres, religieux et laïcs.
Il s'agit d'une carte dans laquelle Jean-Paul II nous invite tout d'abord à rendre
grâce à Dieu pour les grâces qu'il a répandu
durant l'année de célébration du grand Jubilé.
En plus le Pape regarde vers l'avenir et formule des lignes d'actions
qui donneront un nouveau dynamisme à la mission de l'Eglise dans
le troisième millénaire. Mais ceci demande "d'entreprendre
une efficace programmation pastorale post-jubilaire" . Quelles seraient
parmi les nombreuses propositions de la dite carte, celles que devraient
assumer l'Association comme relecture du message de la Médaille
?
Nous allons essayer de les regrouper en deux parties, nous appuyant sur deux
autres moments différents du message de la Rue du Bac.
a) "Venez au pied de cet autel; les grâces seront particulièrement
accordées aux personnes qui le demanderont".
Ce sont les paroles qu'a entendu Sainte Catherine durant la rencontre avec
la Vierge dans la nuit du 18 au 19 juin 1830.
Dans la liturgie catholique l'autel est la présence du Christ. Car le
rapprochement du Christ, les moyens pour l'obtenir le cultiver et les conséquences
qui se déduisent de cette rencontre constituent la partie centrale de
la carte du Pape et la première ligne d'action qui doit animer tous
les projets pastoraux de l'Eglise dans ce troisième millénaire.
Le Pape invite à "utiliser les ressources de notre intelligence
et notre capacité d'action dans notre service pour la cause du Royaume";
mais en même temps il nous averti de la tentation de "faire pour
faire", de penser que les résultats dépendent de nos efforts
et nos programmations. Sans le Christ nous ne pouvons rien faire . Parce que "devant
les défis de ce temps, ce n'est pas une formule qui nous sauvera, mais
une Personne (le Christ) y la certitude que cela nous donne : Je suis avec
vous" .
Pour cela, tout le second chapitre de la carte du Pape est dédié à la
contemplation du visage du Christ, parce que les "hommes de notre temps,
peut-être jamais consciemment, demandent aux croyants d'aujourd'hui,
non seulement de "parler" du Christ, mais d'une certaine façon
de la donner à "voir" . De ce Christ contemplé et aimé surgira
un dynamisme renouvelé de vie chrétienne. Lui seul est le rocher
ferme sur lequel nous devons construire notre vie de croyants et lui qui nous
invite à continuer sa mission.
A partir de cette centralité du Christ, tous les programmes pastoraux
doivent donner priorité et proposer la sainteté comme vocation
de tout chrétien depuis le baptême . Parce que "demander
au catéchumène : veux-tu recevoir l baptême signifie
en même temps veux-tu être saint ?" . Par la suite,
le Pape présente l'oraison comme pédagogie de la sainteté .
Au début du troisième millénaire, le Pape invite tous
les chrétiens "à un engagement renouvelé à l'oraison" .
Parce qu'être personnes d'oraison n'est pas l'exclusivité des
consacrés. "Qui pense que les laïcs peuvent se satisfaire
avec une oraison superficielle incapable de remplir leur vie se trompent. Spécialement
devant tant de chemins par lesquels le monde met la foi à l'épreuve,
ils seraient non seulement des chrétiens médiocres, mais des "chrétiens
en danger". Ils courent le risque de voir la foi se fragiliser progressivement
et finiraient peut-être par céder à la séduction
des succédanés, accueillant les propositions religieuses alternatives,
en pactisant même avec des formes extravagantes de superstition. Il fait
défaut, dit le Pape que l'éducation à l'oraison se convertisse
d'une façon ou d'une autre en un point déterminant de la programmation
pastorale" . Pour cela il demande que "les communautés chrétiennes
deviennent d'authentiques écoles d'oraison" .
Autant l'appel à la sainteté comme celui à être
des personnes d'oraison, doivent orienter et modeler la vie de tout chrétien
. Qu'il soit dit de même de l'Eucharistie dominicale et du sacrement
de la Réconciliation compris "non pas comme le simple accomplissement
d'un précepte, mais comme la nécessité d'une vie chrétienne
vraiment consciente et cohérente" . Face à la tentation
d'une spiritualité intimiste, individualiste et désincarnée,
le Pape rappelle le versant éthico-social de la foi et du témoignage
chrétien, comme exigence de la charité et du mystère de
l'incarnation du Christ .
Toutes ces lignes d'actions signalées par le Pape pour toute l'Eglise
du troisième millénaire ne sont pas étrangères
au message de la Rue du Bac. Certainement que l'Association de la Médaille
Miraculeuse doit fomenter en priorité une authentique dévotion à Marie.
Mais son invitation à nous approcher "au pied de cet autel", " à demander
des grâces abondantes" sont avant tout, une invitation, à s'approcher
du Christ et de l'oraison. Les signes du revers de Médaille, concrètement
la croix et le M, confirment l'expression "à Jésus par Marie".
L'Association devra inciter l'authentique dévotion à Marie. Ceci
implique, en premier lieu, qu'elle soit mise à la place qu'elle occupe
dans les mystère du Christ et dans le déploiement de le foi chrétienne.
Ainsi elle est la parfaite disciple de son Fils, la première chrétienne,
pèlerin de la foi comme nous, celle qui sut faire de sa vie un culte à Dieu
et du culte un engagement de vie. Pour cela elle est un exemple pour tout disciple
de son Fils.
Deux brèves observations et déductions en lien avec ce que nous
venons de dire. 1a La dévotion et le culte à Marie font partie
de l'ensemble de notre foi. Ce n'est pas en vain qu'il y a des dogmes mariaux.
Ce n'est pas quelque chose d'accidentel comme peut l'être la dévotion à tel
ou tel saint. Ainsi on pourra "relativiser" la dévotion à des
expressions mariales déterminées (la Médaille Miraculeuse,
le scapulaire du Carmel etc…), mais on pas la dévotion ni le culte
marial. 2°. La Vierge avait promis à Sainte Catherine qu'elle répandrait
d'abondantes grâces sur qui les demanderaient avec confiance et porterait
avec confiance la Médaille. Mais ceci n'équivaut pas à une
assurance de vie terrestre ou éternelle. La Médaille et la répétition
de son invocation ne nous dispense pas de vivre comme chrétien, ni ne
nous libère des disques et des dangers auxquels nous sommes exposés
comme les autres mortels. C'est des vrais dévots de la Médaille
Miraculeuse de la Rue du Bac que l'on a affirmé et écrit qu'ils
sont "la superstition dépassée". Veillons à ce
que ce ne soit pas seulement un souhait, mais une réalité.
Les diverses lignes d'actions que propose le Pape coïncident avec quelques-uns
des défis que lance notre Supérieur Général le
P.Maloney, aux laïcs vincentiens : « Soyez authentiques croyants
de la Parole de Dieu y ses serviteurs », «Soyez bien formés », «Soyez
saints ». Et lorsqu’il fait concrètement référence
aux laïcs de l’Association, il leur demande : « Déployez
une authentique dévotion à Notre Dame, que la Famille Vincentienne
reconnaît comme Vierge Miraculeuse…Faîtes de tous vos lieux
des foyers d’oraison, de formation permanente - qui inclut la doctrine
sociale de l’Eglise - d’appui mutuel de la foi» .
«Elle portait dans ses mains une boule qui représentait
la terre»
Sainte Catherine décrit sa vision de la seconde apparition de la Vierge –celle
qui a donné origine à la Médaille Miraculeuse – en
faisant ressortir deux attitudes de Marie : elle présentait à Dieu
dans ses mains le symbole du monde et envoyait des rayons de lumière
sur la sphère sur laquelle reposaient ses pieds.
Sous cette phrase de la voyante que j’ai choisie comme sous-titre de
ce qui suit, je veux inclure un second point dans lequel seront regroupés
le reste des lignes d’action que le Pape propose d’inclure dans
tous les programmes pastoraux du troisième millénaire. Il se
peut que ce sous-titre vous apparaisse conventionnel et opportuniste, et vous
avez raison. Mais en l’occurrence, le plus important n’est pas
le sous-titre, mais les priorités.
Plusieurs d’entre elles sont en lien direct avec notre identité vincentienne,
avec la mission que nous avons dans l’Eglise et dans le monde. Car un
détail important du message de la Rue du Bac est que c’est une
Fille de la Charité, un membre de la Vincentienne, qui l’a reçu
et transmis.
Dire Famille Vincentienne veut dire se sentir radicalement dédié aux
pauvres, à être dans l’Eglise et dans le monde des «apôtres
de la charité ». Tel est la caractéristique principale
de notre identité chrétienne-vincentienne : serait-ce accidentel
que la Vierge ait partagé le message de la Rue du Bac, sa douleur face
aux misères qui approchaient, à Sainte Catherine, Fille de la
Charité ?
La troisième partie de la lettre du Pape s’intitule «Témoins
de l’amour ». Elle commence avec ces paroles de Jésus : « A
ceci ils reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous vous
aimez les uns les autres » . Si vraiment nous contemplons vraiment le
visage du Christ, notre programmation pastorale s’inspirera du commandement
nouveau qu’il nous a donné : « aimez-vous comme je vous
ai aimé ».
Jean-Paul II, faisant écho à ces paroles de saint Paul, dit : « Beaucoup
de choses seront nécessaires pour le chemin historique de l’Eglise
dans ce nouveau siècle, mais s’il nous manque la charité tout
le reste est inutile » Etre témoin de l’amour au début
du troisième millénaire et dans les situations que vit l’Eglise
dans le monde concret, selon le Pape, dans «une spiritualité de
communion entre tous les membres de l’unique peuple de Dieu » ,
dans l’intérêt pour l’oecuménisme , et dans
le dialogue inter-religieux , dans la pastorale familiale, vocationnelle et
des laïcs . Il n’est pas étrange que face à tout cela
Marie offre à Dieu le monde entre ses mains et que les rayons lumineux
descendent jusqu’à la sphère à ses pieds. Cette
sphère et les douze étoiles sont des symboles qui expriment la
totalité et l’unité.
Deux affirmations du Pape devront avoir un écho spécial dans
la Famille Vincentienne : 1° «Le siècle et le millénaire
qui commencent devront démontrer jusqu’à quel point peut
parvenir la charité envers les pauvres » . La fidélité de
l’Eglise au Christ se démontre par l’option préférentielle
pour les pauvres et en une charité effective davantage et plus que par
une fidélité à la doctrine. 2° »La charité exige
une plus grande créativité. C’est le moment de la nouvelle «imagination
de la Charité », qui sache promouvoir non pas la seule efficacité des
aides prêtées, mais la capacité de se faire proche solidaires
de ceux qui souffrent, pour que le geste d’aide soir perçu, non
comme une aumône humiliante, mais comme un partage fraternel… L’annonce
de l’Evangile, bien qu’étant la première œuvre
de charité, courre le risque d’être incomprise, d’être
noyé dans un océan de paroles auquel nus soumet chaque jour la
société de consommation. La charité de l’œuvre
illustrera la charité des paroles »
Même si nous n’avons que peu de connaissance de la doctrine vincentienne,
je suis sûr qu’en chacun de nous, en écoutant les paroles
du Pape, ont résonné en nous celles de saint Vincent. Par exemple
: la «créativité » et «l’imagination
de la charité » qui ne sont que l’écho de «l’amour
inventif à l’infini », «l’aumône qui n’humilie
pas » qui nous évoque « en aidant les pauvres nous ne faisons
pas la charité , mais la justice », « la charité illustrée
par les œuvres » qui nous renvoie à « l’amour
effectif dans le service intégral des pauvres ». Comme nous le
voyons, c’est le Pape qui nous suggère à nous vincentiens
comment faire une relecture du message de la Rue du Bac.
Le globe dans les mains de la Vierge représente le monde. Les rayons
de lumière qui se répandent de ses mains ouvertes symbolisent
les grâces. Nous avons alors d’autres inquiétudes et propositions
du Pape : promouvoir partout dans le monde «la civilisation de l’amour » et «la
culture de la solidarité ». Le P. Maloney s’harmonise bien à cela
quand il demande aux laïcs vincentiens : «Soyez créatifs », «Soyez
inventifs devant le service et les nécessités que vous découvrez », «Faites
que les œuvres de charité, justice et paix resplendissent dans
toutes les œuvres de la Famille Vincentienne » .
La Famille Vincentienne est composée de millions de membres appartenant
aux diverses branches qui constituent le grand arbre de la charité.
Ce n’est pas un rêve irréalisable que de faire entre nous
un réseau de charité qui enserre le monde. Nous réunir
dans un réseau déjà commencé de toute la Famille
Vincentienne pour contribuer à éradiquer la faim dans le monde
en est une preuve concrète. Face au défi de la mondialisation
de l’économie – et malheureusement de la pauvreté – la
Famille Vincentienne doit assumer le défi de collaborer à la
mondialisation de la charité.
Les incroyables avancées de l’informatique, ne nous offrent-elles
pas l’occasion et nous invitent-elles pas, nous vincentiens, - concrètement
les milliers de membres de l’Association de la Médaille Miraculeuse – à nous
mettre en réseau dans un courant mondial de charité créative
au service des pauvres ?
Conclusion
Une relecture du message de la Rue du Bac est nécessaire si nous ne
voulons pas être réduits dans un champ limité du temps
et de l’espace. Certainement que la révélation privée
dont fut témoin Sainte Catherine n’appartient pas au domaine de
la Grande Révélation, mais à la dimension charismatique
et prophétique de l’Eglise.
Une relecture doit respecter l’essentiel du message pour ne pas sombrer
dans le snobisme et les caprices d’un essai d’actualisation. En
même temps sa charge de prophétisme nous invite à le relire à la
lumière des signes des temps, des nouvelles situations et des enseignements
de l’Eglise, de la théologie, de l’exégèse
biblique, des sciences humaines… si nous ne voulons pas tomber dans une
sclérose archéologique ou dans le fondamentalisme. C’est
ainsi que nous avons essayé de faire cette relecture.
Peut-être en forçant un peu le mot à mot du message, -
mais je crois sans rien n’y introduire d’étranger aux symboles
que contient la Médaille, nous avons mis l’accent sur la cohérence
de ces symboles avec les lignes d’actions proposées par le Pape
pour les inclure dans les programmes pastoraux de toutes les communautés
ecclésiales. L’Association de la Médaille Miraculeuse est
une d’elles. Il serait bon que nous terminions la conférence en
renouvelant notre confiance dans la puissante intercession de la Vierge de
la Médaille Miraculeuse et lui demander la grâce que l’Association
mette en œuvre ces lignes d’action qu’a proposé le
Pape pour l’Eglise du troisième millénaire qui commence.
Traduction: Bernard Mazarini, C.M.
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