Moutiers Saint-Jean

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Le village de Moutiers-Saint-Jean s’est bâti autour du site d’un ancien monastère (ou « moutier »). Un saint régional, Jean de Rhéaume (ou Réôme), commença sa vie monastique près de là. Après sa mort, vers 540, ses disciples en transférèrent le corps, à Moutiers (qui leur semblait plus approprié). Le monastère exerçait une influence considérable. L’un des moines, Aurélien, écrivit vers l’an 850 le premier traité de musique ecclésiastique en y appliquant les règles des compositeurs grecs et latins. Puis en 1020, les moines inaugurèrent la fête liturgique de la Sainte Trinité. Le monastère fut presque détruit lors de la Révolution et des pièces historiques, en particulier celles qui proviennent de la chapelle, furent vendues aux enchères publiques. Quelques-unes se trouvent actuellement dans des musées aux Etats-Unis. Aujourd’hui, ce qui reste du monastère a été transformé en logements et l'on aperçoit encore, hors de la clôture monastique, ses élégants « Jardins du Cœur du Roy » de style renaissance.

            Claude Charles de Rochechouart de Chandenier († 1710), abbé de l’Aumône (dans la commune de La Colombe), devint abbé de Moutiers-Saint-Jean en 1655. Sa vie entre 1650 et 1660 est souvent confondue avec celle de son frère, Louis, abbé de Tournus. Leur amour fraternel était si fort qu’ils n’acceptèrent pas d’être séparés lorsqu’on leur proposa de devenir évêques. Tous deux désignèrent Vincent, pour qui ils avaient une profonde estime, comme leur vicaire général, ce qui signifie que Vincent eut des responsabilités envers ces abbayes et leurs moines. Il nommait également les curés des paroisses sous l’autorité de Moutiers. Vincent exerça cette charge d’octobre 1650 à juin 1652. Malheureusement, aucun document de l’époque ne nous offre de détails. Claude mourut le 18 mai 1710 et Collet, deuxième biographe de Vincent, cite sa longue épitaphe (tom. I, additions, pages 584-588).

Dans la chapelle de l’ancien hôpital à côté de l’abbaye, on peut admirer l’un des rares portraits réalisés du vivant de Vincent. Ce serait l’œuvre de Simon François qui représente Vincent en habit de chœur, la toile ayant certainement été réalisée pour Claude de Chandenier, enterré dans cette chapelle. Mais il se pourrait aussi que ce soit l’un des moines du monastère qui en soit l'auteur. Claude de Chandenier est enterré dans cette chapelle.

            On pense qu’au cours de ses missions Vincent a pu passer par ici, mais ce serait avant que Claude de Chandenier ne soit devenu abbé. C'est peut-être suite à l'une de ses visites qu'une Confrérie de la Charité y débuta, le 4 juin 1656. Les Filles de la Charité y ont apparemment travaillé à partir de 1660. Le 4 mars 1681 l’évêque de Langres autorisa l’ouverture d’un hôpital (devenu aujourd’hui maison de retraite) avec l’aide des Dames Vernot. Les Filles de la Charité se chargèrent de l’hôpital vers 1710. Elles y restèrent durant la Révolution et assistaient parfois à des messes clandestines dans un grenier. Lorsque les Sœurs partirent, dans les années 1980, elles y laissèrent le portrait mentionné plus haut. Dans la pharmacie de l’ancien hôpital comprend d'anciens pots à médecine ainsi qu’un broc en porcelaine, une bassine et une assiette ayant appartenu, croit-on, à Vincent.

            Pendant sa jeunesse, Catherine Labouré (1806-1876) avait l’habitude d’assister à la messe dans la chapelle de l’hôpital, puisque aucun prêtre n’habitait son village. Elle ne connut pas le portrait de Vincent, car les Sœurs le gardaient dans leur salle de communauté. Sur la façade de la chapelle, un bas-relief circulaire  représente Vincent ; il ne fut érigé qu’en 1868. En outre, on voit dans la sacristie une petite statue de la Vierge Marie ressemblant à un tableau se trouvant dans l’église paroissiale où Catherine enfant allait prier. Les deux objets s’inspirent de l’œuvre du célèbre sculpteur Edme Bouchardon (1698-1762), dont l’original fut placé dans l’église Saint-Sulpice, Paris. Ce modèle sera également choisi par l’archevêque de Paris pour la Médaille Miraculeuse.

Vers le Nord, à peu de distance de Fain, se trouve Saint Remy, là où les Jeanrot, oncle et tante de Catherine, habitaient. A leur mort, sa mère étant aussi décédée, Catherine vécut avec sa tante Marguerite († 1853) depuis l'automne 1815 jusqu'au début de l'année 1818. Etant donné que certains membres de la famille vivaient dans les environs, on pense que Catherine est allée en visite dans les villages de Vassy, Cormarin et peut-être, Senailly, lieu de naissance de sa mère.

            Dans l’église paroissiale, la verrerie moderne évoque des saints traditionnels de Bourgogne : Benoît, Vincent de Paul, Louise de Marillac et Catherine Labouré. Catherine y venait pour la messe du dimanche et elle y fit sa première communion, le 25 janvier 1818. La localité compte aujourd’hui moins de 300 habitants.
Fain-lès-Moutiers
            Pas très loin de là, à un ancien carrefour sur la D 103, s’étend Fain-lès-Moutiers, village natal de Catherine. Les Filles de la Charité ont acheté sa maison avec quelques propriétés adjacentes et y accueillent aujourd’hui les visiteurs et ceux qui souhaitent participer à des retraites.

            On y peut visiter la maison des Labouré, l’une des familles importantes du village. La pièce principale d’aujourd’hui était, à l’origine, divisée en deux : d’un côté la chambre des filles et de l’autre, la cuisine avec la table familiale. A côté, on fabriquait du fromage ; l’endroit fut pratiquement laissé en l’état lors de l’achat de la maison. Après la mort de la mère de Catherine et le départ de sa sœur aînée chez les Filles de la Charité, Catherine se chargea de la direction de la maison et servit de mère de substitution à ses jeunes frères et sœurs alors qu’elle-même n’était âgée que de douze ans. Dans la chambre de ses parents se trouvent des tableaux et des meubles de famille (un berceau original et une armoire) et des objets d’époque. Les garçons logeaient au premier étage. Dans la cour de la ferme se trouve un grand colombier dont Catherine prenait soin, car la famille élevait des colombes et les vendait sur le marché avec leurs œufs.

            De l’autre côté de la rue, face à la maison de Catherine se trouve l’église romane. La famille Labouré l’entretenait souvent et Catherine y fut baptisée. Dans la nef, on peut apercevoir un tableau de l’Immaculée Conception, fort connu et évoquant le dessin de la Médaille Miraculeuse ; il existait avant la naissance de Catherine. Il ressemble beaucoup à la Vierge de la "Médaille Miraculeuse". Dans une chapelle latérale, sous le patronage de la famille, des vitraux représentant Catherine et saint Vincent de Paul. Pendant la brève période où Vincent fut vicaire de l’abbé de Moutiers, il a sans doute nommé des prêtres pour cette paroisse, mais aucun registre ne permet de le confirmer.
Au temps de Catherine, il n'y avait pas de curé à l'église du village : Catherine faisait le chemin chaque jour entre Fain et Moutiers-Saint-Jean pour assister à sa messe. Son village natal compte aujourd’hui près de 150 habitants.

Ayant décidé d’entrer chez les Filles de la Charité, Catherine fit son postulat dans leur maison de Châtillon-sur-Seine, aux sources de la Seine, à quelques quarante kilomètres au nord de Fain. Elle connaissait cette ville, y ayant demeuré de 1824 à 1826 chez une cousine (7, rue Saint-Vorles) avant d’aider son frère à Paris comme serveuse dans son restaurant. Puis elle rejoignit les Sœurs. Il ne reste rien de leur maison, rue de la Juiverie, sauf les grilles de fer forgé qui sont actuellement  les grilles de la bibliothèque municipale. Au bout de trois mois, à la mi-avril 1830, elle partit pour Paris au noviciat, rue du Bac."

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